Quelques réflexions autour de mon travail…
J'ai bâti les fondations de ma démarche artistique durant mes études dans deux écoles supérieures d’art, en Pologne et en France. Le dessin et la gravure y occupaient déjà une place importante dans ma pratique. Je me suis progressivement éloignée des bases techniques pour privilégier le champ d’expérimentations et l’invention de procédés inattendus.
Les instants...
Les moments de grâce se présentent lorsque je suis en train d’exécuter mes dessins.
En traçant mes traits, je me retrouve dans une forme de méditation. À la fois, je m’isole du monde et, par mon travail artistique, je lui raconte des histoires.
En traçant mes traits, je me retrouve dans une forme de méditation. À la fois, je m’isole du monde et, par mon travail artistique, je lui raconte des histoires.
J’apprécie aussi des instants surprenants, également pleins d’une certaine plénitude. C’est lorsque mes recherches m’amènent vers une autre destination que celle prévue au départ.
Souvent, j’envisage le trajet direct et rassurant vers une vision plus ou moins claire de ce que je veux obtenir. Mais au fond de moi, j’attends avec impatience d’être surprise et de pouvoir prendre des chemins hors piste dans mes créations.
Souvent, j’envisage le trajet direct et rassurant vers une vision plus ou moins claire de ce que je veux obtenir. Mais au fond de moi, j’attends avec impatience d’être surprise et de pouvoir prendre des chemins hors piste dans mes créations.
La verticalité…
Les traits dans mes dessins sont tracés de haut en bas.
D’où cela vient-il ? Je crois que la ligne verticale est pour moi plus « rassurante » que la ligne horizontale. D’abord, je la maîtrise mieux : il suffit de contrôler ma main qui glisse en tenant un outil, comme je le faisais à l’école pour tracer les marges dans mes cahiers… Je la trouve plus gracieuse aussi ; en la répétant, j’ai l’impression que chaque descente est une promesse de rebondissement vers la hauteur.
D’où cela vient-il ? Je crois que la ligne verticale est pour moi plus « rassurante » que la ligne horizontale. D’abord, je la maîtrise mieux : il suffit de contrôler ma main qui glisse en tenant un outil, comme je le faisais à l’école pour tracer les marges dans mes cahiers… Je la trouve plus gracieuse aussi ; en la répétant, j’ai l’impression que chaque descente est une promesse de rebondissement vers la hauteur.
De plus, elle m’indique où se trouve ma place : juste devant elle. En hochant la tête, je peux la suivre sans me perdre dans l’immensité d’espace qu’ouvre la ligne horizontale.
Cette verticalité, je la retrouve également dans mes sujets : échelles, cabanes sur pilotis, ponts qui se lèvent, arbres enracinés qui tendent leurs branches vers le ciel…
Couleurs…
Depuis toujours, je suis spontanément attirée par le noir et le blanc, avec des nuances de gris qui les séparent et les unissent en même temps.
En observant le monde, je suis plus sensible au graphisme des formes qu’aux rencontres des couleurs.
Mais la tentation d’entrer dans un monde en arc-en-ciel apparaît de temps en temps…
J’imagine les couleurs traitées graphiquement comme une alternative au noir et blanc, qui m’impose parfois une radicalité difficile à négocier.
À développer un jour…
En observant le monde, je suis plus sensible au graphisme des formes qu’aux rencontres des couleurs.
Mais la tentation d’entrer dans un monde en arc-en-ciel apparaît de temps en temps…
J’imagine les couleurs traitées graphiquement comme une alternative au noir et blanc, qui m’impose parfois une radicalité difficile à négocier.
À développer un jour…
Vide…
Le vide est nécessaire pour souligner la présence.
Il représente pour moi une pause, un silence, un repos… peut-être même une forme de repli, de cachette où je peux retrouver mon souffle avant de repartir étudier et décrire le monde…
Il représente pour moi une pause, un silence, un repos… peut-être même une forme de repli, de cachette où je peux retrouver mon souffle avant de repartir étudier et décrire le monde…
Narration et forme…
Quand je parle de narration, je pense aux contenus des œuvres, à ce qu’elles présentent, évoquent, abordent…
La réponse au « je fais quoi ? » et « pourquoi ? »
La réponse au « je fais quoi ? » et « pourquoi ? »
La forme est le contenant.
La manière de faire, d’exécuter, chercher, élaborer, capter…
La manière de faire, d’exécuter, chercher, élaborer, capter…
Les frontières entre les deux sont parfois floues. La narration et la forme s’en mêlent, se croisent ; souvent l’une des deux prend le devant ou, au contraire, reste dans l’ombre et devient un prétexte pour mettre l’autre en lumière.
Parfois, il m’arrive d’avoir l’impression que la narration me sert seulement de prétexte pour pouvoir étudier la forme…
Ou, au contraire, que les recherches formelles s’appuient sur les sujets de mon travail…
Ou, au contraire, que les recherches formelles s’appuient sur les sujets de mon travail…
LA FORME...
Je pratique la peinture, l’installation, la gravure, le dessin et l’écriture… Toutes ces techniques se croisent dans une sorte de laboratoire qui est mon atelier.
Mais je sens que la « colonne vertébrale » de mon travail est le dessin…
Mais je sens que la « colonne vertébrale » de mon travail est le dessin…
J’aime dessiner.
Sur différents types de supports : papier, bois, métal, murs, vitres, bandes de scotch…
Au stylo BIC, à l’encre, avec un pinceau, au rotring, à la presse de gravure, avec des traces et des découpages d’une scie sauteuse, avec de la laine, au fusain emprisonné sur le scotch…
Sur différents types de supports : papier, bois, métal, murs, vitres, bandes de scotch…
Au stylo BIC, à l’encre, avec un pinceau, au rotring, à la presse de gravure, avec des traces et des découpages d’une scie sauteuse, avec de la laine, au fusain emprisonné sur le scotch…
Mes dessins sont graphiques, épurés ou, au contraire, pleins de recherches autour de la matière. En superposant plusieurs couches, transparentes et opaques, d’acrylique et d’encre, qui donnent l’effet d’une matière mille-feuilles, je cherche à traiter le dessin comme la peinture.
Les petits formats ont un caractère intime, fragile, précieux. Ils demandent d’être protégés par la vitre d’un encadrement.
Les grands formats, le plus souvent en bois — matériau maniable que je peux découper, poncer, peindre — sont des objets imposants et lourds, prenant parfois la forme d’installations. Pour les réaliser, tout mon corps est engagé dans la création, pas seulement le poignet qui tient un outil. Cet effort physique fait partie de la relation complexe et riche entre moi et mon matériau, qui m’offre tant la douceur de la surface polie que la porosité des endroits bruts.
Les grands formats, le plus souvent en bois — matériau maniable que je peux découper, poncer, peindre — sont des objets imposants et lourds, prenant parfois la forme d’installations. Pour les réaliser, tout mon corps est engagé dans la création, pas seulement le poignet qui tient un outil. Cet effort physique fait partie de la relation complexe et riche entre moi et mon matériau, qui m’offre tant la douceur de la surface polie que la porosité des endroits bruts.
La narration...
Je soigne le réalisme dans mes dessins. Réalisme poétique, symbolique, rêveur…
Je lance des histoires, ou plutôt des débuts d’histoires, qui peuvent être développées ou laissées telles quelles.
Je lance des histoires, ou plutôt des débuts d’histoires, qui peuvent être développées ou laissées telles quelles.
La narration naît dans mes pensées, nourrie par mes expériences, par le scénario de ma propre vie.
Pourtant, en racontant mes états d’âme, je les emballe pudiquement dans des métaphores universelles qui nous concernent tous. Je ne fais pas de carnets intimes, mais je me tourne vers celle ou celui qui regarde mon travail pour explorer ensemble le monde de nos intimités.
Pourtant, en racontant mes états d’âme, je les emballe pudiquement dans des métaphores universelles qui nous concernent tous. Je ne fais pas de carnets intimes, mais je me tourne vers celle ou celui qui regarde mon travail pour explorer ensemble le monde de nos intimités.
Enfant, je dessinais mes poupées sur du papier que je découpais pour jouer.
Dans mon enfance, j’inventais sans cesse des réalités imaginaires. Je voyageais dans des royaumes étranges, je tissais des amitiés avec des personnages surprenants et mystérieux ou avec des créatures animales fidèles.
Dans mon enfance, j’inventais sans cesse des réalités imaginaires. Je voyageais dans des royaumes étranges, je tissais des amitiés avec des personnages surprenants et mystérieux ou avec des créatures animales fidèles.
Le dessin me permettait d’avoir tout ce que je désirais. Il suffisait de le dessiner, découper et jouer avec. J’avais une boîte remplie des héros de mes récits, fabriqués à la main.
Peut-être de là vient mon envie de raconter des histoires, ou au moins d’inviter les autres à le faire à partir de mes créations.
Peut-être de là vient mon envie de raconter des histoires, ou au moins d’inviter les autres à le faire à partir de mes créations.
Chapitres dans mon travail...
En essayant de poser un regard général sur les thèmes de mon travail, de l’analyser avec du recul, je peux apercevoir des chapitres dans mes recherches :
- Mémoriser l’espace-TEMPS
- Apprivoiser l’espace-TEMPS
- Habiter l’espace-temps
- Mémoriser l’espace-TEMPS
Traces de la mémoire
En quittant la Pologne, j’ai emporté dans mes valises les souvenirs de ma famille, mon identité polonaise et l’héritage de l’histoire de mon pays natal.
Forcément, en posant mes bagages dans mon atelier, je me suis naturellement tournée vers les thèmes de la mémoire et de l’exil. Pour trouver la forme de mes narrations, j’ai entamé des expériences avec plusieurs matériaux.
Forcément, en posant mes bagages dans mon atelier, je me suis naturellement tournée vers les thèmes de la mémoire et de l’exil. Pour trouver la forme de mes narrations, j’ai entamé des expériences avec plusieurs matériaux.
L’un d’entre eux était le scotch, qui, dans sa fonction première, sert à fixer, accrocher, coller… parfois à réparer, à assembler. Dans mon travail, il servait à parler de la trace du passé.
Je collais le ruban transparent sur mes dessins au fusain. Une fois arrachés, les scotchs qui emportaient les traces de ces dessins étaient reconstitués sur de nouveaux supports, comme des fenêtres, des miroirs ou des murs de lieux d’exposition pour des installations in situ.
Les dessins étaient considérés comme une matrice ; la recomposition des empreintes déplacées grâce au scotch jouait le rôle d’une « gravure ».
Les dessins étaient considérés comme une matrice ; la recomposition des empreintes déplacées grâce au scotch jouait le rôle d’une « gravure ».
Pour aller encore plus loin dans ces recherches, j’éclairais mes bandes de scotch. L’ombre projetée devenait une autre apparition de l’image. Plus floue, à la lisière de la disparition, elle témoignait de la fragilité de la mémoire.
Une matière inspirante, je la trouve aussi dans les rouleaux de papier peint.
Ce produit commercial de décoration, à portée de tous, dans nos précieux souvenirs du passé, devenait personnel et intime. Notre mémoire retient des détails, des fragments, des miettes d’histoire. Nous nous rappelons des odeurs, des bruits, des bouts d’images… comme ce morceau de papier peint dans la chambre de notre enfance…
Ce produit commercial de décoration, à portée de tous, dans nos précieux souvenirs du passé, devenait personnel et intime. Notre mémoire retient des détails, des fragments, des miettes d’histoire. Nous nous rappelons des odeurs, des bruits, des bouts d’images… comme ce morceau de papier peint dans la chambre de notre enfance…
Je pratique aussi la peinture acrylique, l’aquarelle et l’huile. Mes toiles de la période où j’étais plongée dans le thème de la mémoire et de l’exil présentaient des espaces vides, mais pourtant pleins de signes de vie, et des gens endormis, présents et absents à la fois.
Au moment où j’ai déménagé en France, j’ai été obligée de faire mon deuil en laissant dans mon pays natal une partie de moi. Pour construire un nouvel espace, il me fallait affronter le vide si inquiétant, mais en même temps très inspirant.
Mes créations prennent souvent la forme d’objets. « Tunnel de la mémoire » ressemble à un bloc de post-it, mais avec un petit carré découpé au milieu de chaque feuille. L’accumulation de toutes ces petites fenêtres fait un long et sombre passage, au fond duquel se trouve la photo de ma mère dans sa jeunesse. Cette image reste très peu visible, mais il suffit de feuilleter « la mémoire », de plonger dans la lecture du passé pour que le portrait apparaisse plus nettement.
Dans la même veine, j’ai réalisé la série intitulée « Boîtes de la mémoire », qui évoque la fragilité de nos souvenirs. Au fond de caissettes en bois se trouvent d’anciennes photos de ma famille. Suspendu entre deux bords, un calque transparent effleure la surface des images et les rend peu visibles. La raclette de bois, posée dans la boîte et manipulée par le spectateur, améliore seulement ponctuellement la lecture des détails.
Nos images du passé ne sont pas « entières » : nous en voyons des fragments recouverts par le voile du temps qui s’écoule ou… par nos désirs de gommer certains souvenirs. Nous mettons les souvenirs sur un piédestal, ou nous les jetons au fond d’un tunnel noir…
Le travail intitulé « Socles de la mémoire » parle justement de cette ambiguïté envers notre passé. Nous désirons garder des images heureuses, touchantes et précieuses, mais parallèlement oublier des instants tragiques, inconfortables… L’installation était composée de plusieurs socles noirs, au premier regard vides… La lecture de près permettait de découvrir, cachée au fond de chaque colonne, une photographie des personnes disparues. Un système d’éclairage intérieur rendait chaque image à la fois lisible, présente et lointaine, inaccessible…
Le travail intitulé « Socles de la mémoire » parle justement de cette ambiguïté envers notre passé. Nous désirons garder des images heureuses, touchantes et précieuses, mais parallèlement oublier des instants tragiques, inconfortables… L’installation était composée de plusieurs socles noirs, au premier regard vides… La lecture de près permettait de découvrir, cachée au fond de chaque colonne, une photographie des personnes disparues. Un système d’éclairage intérieur rendait chaque image à la fois lisible, présente et lointaine, inaccessible…
- Apprivoiser l’espace-temps
Entre deux…
Le point de départ de ce travail est la relation entre un lieu physique et un lieu métaphorique. Créer un monde imaginaire à la frontière du réel, entre ici et ailleurs.
Le mot « entre » me guide : il évoque la légèreté de la suspension, l’hésitation devant le choix, le mouvement libre à travers de multiples destinations sans avoir à se poser, une terre d’asile, un no man’s land… une vie entre deux pays…
Le temps…
Le temps est devenu un objet de désir, cher, comme un produit de luxe. Nous voulons l’avoir, le garder, le contrôler, profiter de lui, avec cette peur irrationnelle de pouvoir, un jour, le perdre.
Face au monde, le temps n’ose pas montrer son goût pour la lenteur, au risque d’être traité de temps pauvre et lamentable. D’un temps mort.
Malgré lui, il doit alimenter sans cesse l’accélération assourdissante du moteur de l’existence, pour créer un mirage aveuglant d’une vie sans vide et sans fin, et au même moment préparer et consoler le monde confronté au destin inévitable de sa finitude.
Malgré lui, il doit alimenter sans cesse l’accélération assourdissante du moteur de l’existence, pour créer un mirage aveuglant d’une vie sans vide et sans fin, et au même moment préparer et consoler le monde confronté au destin inévitable de sa finitude.
Les devoirs de son rôle, lourdement subi, de chef d’orchestre qui structure et alimente le déroulement de la réalité, l’obligent à imposer une cadence sans pitié. En battant des records de vitesse qui coupent le souffle, il empêche le monde de respirer et s’étouffe lui-même. Plus il va vite, plus il dure et fait durer… Alors il passe à toute vitesse à côté de la vie, stupéfait par sa rapidité…
Il fait tourner le passé sur un manège, pour faire revivre les cycles et les saisons, comme une reprise de vieux films. Il sème des grains de futur, en laissant croire aux éternels pouvoirs du renouveau.
Malgré son emploi chargé, il essaie de soigner les angoisses névrotiques du monde. Mais il n’est pas un guérisseur qui efface toutes les traces du malheur dans la mémoire. Cette responsabilité le laisse perplexe, elle l’intimide…
Il laisse au monde l’interprétation libre de chaque instant.
Il laisse au monde l’interprétation libre de chaque instant.
Durant la pandémie, le temps s’est contenté d’être et a abandonné ses prévisions du devenir. Enfin, il pouvait s’arrêter et s’émerveiller devant la simple pensée d’avoir été inventé le jour de la naissance du monde.
Ce sujet guide mon travail d’écriture.
- Habiter l’espace-temps
Cabanes…
Nous essayons de définir « notre » place, celle qui nous protège et qui nous aide à donner du sens à notre existence. Dessiner une forme, tracer des frontières, ouvrir des portes, créer des passerelles, aérer, fermer, se réfugier, inviter l’autre à entrer… la danse du propriétaire du lieu.
Nos espaces sont nos refuges… Pourtant, parfois, nos abris, que nous avons l’impression de si bien connaître, au lieu de nous sécuriser, nous réservent des descentes angoissantes vers le néant… Ils nous étouffent, en nous laissant tourner en rond durant nos promenades dans la cour de notre prison.
Comment trouver la bonne définition de sa propre liberté ? À la fois juste, confortable, rassurante, durable et possible ? Comment détourner le regard de l’étrange beauté de nos chaînes, qui nous protègent contre le souffle des tempêtes mais nous empêchent de voler quand le ciel est sans nuages ?
La notion d’espace est liée à celle du temps, si changeant, si insaisissable, qui remet en question toutes nos certitudes.
L’écrivain Georges Perec disait que l’espace fond comme le sable qui coule entre les doigts, emporté par le temps… Alors que nous reste-t-il ?
L’écrivain Georges Perec disait que l’espace fond comme le sable qui coule entre les doigts, emporté par le temps… Alors que nous reste-t-il ?
Comment capter la forme fugace de notre endroit à nous… dans l’espace extérieur et intérieur, et dans le temps qui balaie nos idées arrêtées ?
Accepter paisiblement le flottement de la réalité qui nous entoure, le flou de nos auto-définitions, apprivoiser les doutes, l’utopie de la stabilité et de la sécurité éternelle, aimer les lisières insaisissables de nos existences et les pistes hors des sentiers battus, respirer suspendus dans un état d’entre-deux, amadouer le no man’s land… et rêver, surtout rêver « des espaces heureux, là seuls où l’on peut trouver le repos et échapper à toute géométrie » / Gaston Bachelard /.
Accepter paisiblement le flottement de la réalité qui nous entoure, le flou de nos auto-définitions, apprivoiser les doutes, l’utopie de la stabilité et de la sécurité éternelle, aimer les lisières insaisissables de nos existences et les pistes hors des sentiers battus, respirer suspendus dans un état d’entre-deux, amadouer le no man’s land… et rêver, surtout rêver « des espaces heureux, là seuls où l’on peut trouver le repos et échapper à toute géométrie » / Gaston Bachelard /.
Nous cherchons des réponses assis longtemps aux abords de nos cabanes…
Arbres…
Le graphisme des branches et des feuillages constitue depuis toujours une forme de décor de mon quotidien…
Dans mon enfance, en face de la fenêtre de l’appartement familial, les tiges d’une chaîne dessinaient la forme d’un chien, mon cher compagnon qui bougeait au rythme du vent et changeait son pelage selon les saisons.
Dans mon enfance, en face de la fenêtre de l’appartement familial, les tiges d’une chaîne dessinaient la forme d’un chien, mon cher compagnon qui bougeait au rythme du vent et changeait son pelage selon les saisons.
Derrière notre bâtiment se trouvait un pays imaginaire, Burgundia, qui abritait un peuple mystérieux. Leur chef m’accueillait sur son bateau, tissé par plusieurs bras tordus d’un arbre, pour me livrer l’histoire de son peuple.
Une simple tige dans ma main avait le pouvoir de se transformer en cheval. Sur son dos, je m’évadais pour de longs périples solitaires, hors espace-temps.
Les cabanes font pour moi partie intégrante des arbres, comme les feuilles, les fleurs ou les fruits. Pour les habiter, il suffit d’abriter notre regard dans l’enlacement des branches…
Illustrations...
Le réalisme de mes « illustrations » — c’est ainsi que j’appelle cette série actuelle « Made by myself » — cohabite avec une touche de poésie.
Je raconte le processus complexe qu’est la construction de soi, qui ne s’arrête jamais, car nous sommes toujours en devenir. Nos certitudes sont changeantes, nos repères éphémères.
C’est à la fois déstabilisant et libérateur.
C’est à la fois déstabilisant et libérateur.
Est-il possible de se connaître vraiment, de savoir s’inviter chez soi-même pour une rencontre sincère et authentique ?
La philosophie inspire mon travail et je me penche sur la multitude de questions liées à nos existences.
Je parviens seulement à esquisser la thématique… ce qui rime avec la forme d’expression choisie : le dessin.
Je parviens seulement à esquisser la thématique… ce qui rime avec la forme d’expression choisie : le dessin.
Réalisées au stylo BIC, mes images dialoguent parfois avec des fragments photographiques. C’est une forme de rencontre entre la source et son interprétation…
Je n’arriverai jamais à imiter parfaitement la réalité. Je ne pourrai donc pas la remplacer par mes vérités dessinées, créées par moi-même. Sans regrets, je préfère garder la réalité insaisissable…
Je n’arriverai jamais à imiter parfaitement la réalité. Je ne pourrai donc pas la remplacer par mes vérités dessinées, créées par moi-même. Sans regrets, je préfère garder la réalité insaisissable…
Anna Novika Sobierajski